Exposition au musée international de la parfumerie à Grasse & Mouans Sartoux

2018 

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EXP_2018_MIP Grasse, PAR JACQUES RENOIR

La démarche d’Armand Scholtès, par son caractère systématique, notamment dans les séries, rappelle l’œuvre des botanistes et autres taxonomistes qui par le dessin ont établi les premiers répertoires des espèces vivantes sur Terre. Longtemps cette approche descriptive a dominé en biologie. Ainsi Linné mit en place une méthode de classification encore utilisée actuellement, où le niveau hiérarchique supérieur, le genre, est joint au nom d’espèce. Ainsi, Mimosa pudica, la « sensitive » qui plie ses feuilles dès qu’on les touche, appartient au genre Mimosa - lorsque les fleurs apparaissent, le lien de parenté devient évident - et à l’espèce pudica (Figure 1). On voit aussi comment les tendances culturelles et sociétales reflètent l’acte d’observation et se diffusent jusque dans les dénominations des espèces, avec ici une référence à la bienséance « pudique » et la mise en scène d’un mimosa effarouché qui n’en demandait certainement pas tant. Dans la deuxième moitié du XXème siècle, les efforts se sont concentrés sur l’élucidation des mécanismes moléculaires. La description des formes des êtres vivants, et leur diversité, est alors devenue plus secondaire. En fait, encore aujourd’hui, la taxonomie est une science qui est relativement isolée du reste de la communauté scientifique. Ce relatif désamour est toutefois à relativiser, puisqu’on observe en fait ici un changement d’échelle : quand les biologistes des XVIIIème et XIXème siècles s’attelaient à décrire les nouvelles espèces, les biologistes du XXème siècle ont en fait adopté une approche relativement similaire mais à l’échelle des molécules. Il est d’ailleurs notable de remarquer qu’une classification relativement homologue a été adoptée pour des espèces moléculaires, que l’on regroupe en familles. De façon symbolique, les protéines et les gènes sont dénommés de la même façon que les genres et les espèces, sur la base d’observations, et des tendances culturelles du moment. Ainsi, le gène « Superman » a été dénommé en référence au caractère des plantes  qui ne possèdent pas cette protéine : chez les plantes dites mutantes pour ce gène, les fleurs possèdent de nombreuses étamines, l’organe mâle de la fleur qui contient le pollen, et ne produisent pas d’organe femelle, le pistil (figure 2). On voit donc bien, par ces anecdotes, que l’observation demeure la source principale de la biologie, et probablement de la science en général, à toutes les échelles.

Olivier Hamant (Extrait du texte « Armand Scholtès, une épure de concert avec la nature)