Musée de Belfort, Chaumont, St-Paul-de-Vence et St Dié-des-Vosges

1998 - 2000 

EXP_IND_1998_Musée d'Art et d'Histoire

    On rangera les boîtes d'Armand Scholtès dans la catégorie de la collection des fibules, larmoyres, lacrymatoires, améthystes et autres bézoards dont "comme les Flamands font les tableaux de fruits et de fleurs dans des pots", le nouvel archiviste fait son miel. Cet archéomanie est à l'oeuvre dans les années 70 comme en aucune autre période de l'art contemporain. Son ambition n'est pas, comme ce sera le cas dans les années 80, de reconquérir une identité, mettre en place des "agencements collectifs d'énonciation" (Gilles Deleuze, Mille Plateaux) dont on imagine qu'ils agiront sur "toute une micro-politique du champ social". Cette croyance dans l'efficacité d'un retour aux sources (avec ce qu'une telle enquête implique de dénonciation ambiguë des institutions artistiques), postule une manière de cosmogonie artistique.

     L'artiste apprenti-sorcier, comme le note Catherine Millet à propos de Christian Jaccard, assimile sa pratique à un "rite millénaire". Mais cet appel des forêts et des déserts ne va pas sans créer de nouvelles contradictions. Les années 70 rêvent d'une relation contre-culturelle à l'oeuvre d'art, mais en situant celle-ci au plus loin des lieux de la contre-culture d'alors, dans des sites inaccessibles dont elle rapporte, telles des reliques, les reliefs épars d'une fête villageoise qui aurait tourné court. L'archive de cette "déterritorialisation" n'échappe pas aux nouveaux territoires de l'art : le sol du musée ou l'armoire du documentaliste. Le modèle théorique de l'oeuvre d'art isolée, mise à nu jusque dans ses procédés de fabrication, ne résiste guère au mythe d'un retour à une sorte d'état de nature artistique. Il échoue également à bâtir une logique des qualités sensibles appelées à fonder une conception élargie du champ artistique.

 

Xavier Girard, Conservateur du Musée Matisse de Nice (Extrait d’un texte publié dans le catalogue de l’exposition)